Olinda
Visite guidée d’Olinda, maracatù
Couvent de Saõ Francisco. Olinda.
Pas de problème aujourd’hui, le ciel est d’un bleu limpide. On va enfin pouvoir faire la visite d’Olinda prévue la veille. On arrive frais et dispo à 10h comme prévu. Le guide a un peu de retard, on en profite pour faire une petite visite de la bibliothèque municipale qui est à l’étage au-dessus de l’office de tourisme. Charmant. Des gamins sont en train de faire leur travail de classe, d’autres personnes consultent des bouquins. La grande pièce principale est ouverte sur des balcons où l’on bouquine à l’ombre des cocotiers. Comment peut-on être studieux dans une telle ambiance de farniente ?
Notre guide arrive enfin, et c’est parti pour un petit tour des églises et rues importantes de la ville. On a déjà pas mal arpenté les pavés d’Olinda, ce qui rend la visite beaucoup plus agréable. On sait où l’on va, et l’on se rend mieux compte de ce qu’on voit, de ce qu’on visite.
Une des nombreuses fresques de céramique du couvent Saõ Francisco. Olinda.
Nous commençons par la visite de l’église Sao Francisco. Notre guide Davidson nous explique que, comme tout le reste de la ville, cette église a été construite au 16° siècle par les Portugais. Mais le nord-est du Brésil a rapidement attiré les convoitises des Hollandais qui ont occupé la région durant quelques années, au cours du 17° siècle. Délogés après une nouvelle guerre contre les Portugais, ils ont eu la charmante idée d’incendier la ville avant de partir.
Couvent de Saõ Francisco à Olinda.
Toujours est-il que l’église, comme le reste de la ville, a été complètement reconstruite au début du 18° siècle, et il reste peu de vestiges des premiers bâtiments d’Olinda. Le style est donc très baroque.
L’église abrite également un monastère toujours habité aujourd’hui. On commence la visite par le cloître richement décoré d’azulejos portugais magnifiques. Il règne dans cet endroit un calme et une sérénité impressionnants.
Olinda.
L’église a proprement parlé est également magnifique. Beaucoup de sculptures ou de peintures sur bois. Le toit, entièrement en bois, est couvert de peintures allégoriques. Une petite chapelle a été construite à l’intérieur même de l’église, à laquelle elle vient rajouter une aile. Plus récente, on sent déjà le style rococo pointer le nez avec sa décoration exubérante.
Détail sol couvent Saõ Francisco.
Autour de l’église, on circule dans des couloirs depuis lesquels on aperçoit la bibliothèque des moines, interdite au public, ou l’escalier montant vers leurs chambres. L’église a une petite terrasse avec une vue magnifique sur Olinda et l’océan Atlantique… il ne manque plus qu’une petite buvette pour hydrater notre gosier, et ça serait parfait !
Intérieur du couvent Saõ Francisco.Olinda.
Après une grosse demi-heure de visite, nous reprenons notre route vers la Praça da Sé, littéralement, la place de l’église principale. Paradoxalement, elle est beaucoup plus simple que l’église Sao Francisco, dénudée presque. Au milieu de l’église, le tombeau de Dom Helder Camara, ancien archevêque de Recife, mort en 1999. Tout le monde ici respecte cet homme, qui s’est beaucoup engagé dans la lutte contre la pauvreté, contre les grands propriétaires terriens et en faveur d’une réforme agraire, contre la dictature également. En quelque sorte, le représentant brésilien de ce que les Italiens appellent le « catho-communisme ». Il eût une phrase, restée célèbre, qui disait à peu près ceci (dans l’idée) : « quand je nourrissais les pauvres, on me disait Saint, quand je demandais pourquoi les pauvres étaient pauvres, on me traitait de communiste ». En cette période de campagne électorale, son combat semble plus que jamais justifié…
Couvent. Olinda.
Mais revenons à des choses plus légères. Cette église a elle aussi une petite terrasse. La vue est encore plus belle que la première fois, mais il n’y a toujours pas de buvette ! La légende raconte que le premier gouverneur de la ville, en arrivant ici et en voyant le paysage, se soit écrié « Oh, Linda », ce qui signifie à peu près « Oh, jolie ! ». D’où le nom de la ville, « Olinda ». D’où également, le choix de ce point pour construire l’église principale.
Maison d'un ancien propriétaire de terres de canne à sucre.
Au rez-de-chaussée, les senzalas, là oú vivaient les esclaves.
De là, on redescend les petites ladeiras en discutant de tout et de rien avec notre guide. Il nous parle des traditions culturelles de la région, du Frevo, la danse locale, du Maracatu, un rite afro-brésilien mettant en scène le couronnement du roi du Congo, du carnaval d’Olinda. Il nous raconte qu’ici, durant le carnaval, seul le frevo et le maracatu sont autorisés. Interdiction de jouer une autre musique, sous peine d’amende : 2000 reais ! (750 euros). De même, interdiction pour les habitants de mettre la musique trop fort, pour ne pas couvrir le son de la rue. Ici, on ne rigole pas avec le carnaval ! Il nous dit aussi qu’à Recife et à Olinda, contrairement à d’autres grandes villes (Rio de Janeiro et Salvador surtout), le carnaval est une véritable expression populaire. Tout est gratuit, tout se passe dans la rue, tout est fait par les habitants, pour les habitants. Pas de Sambodrome, de blocs ou de trios eletricos, où il faut payer pour être admis dans la fête.
Virginie et Simon. Olinda.
Hasard, destin, qui sait… au moment où on parle de ça avec notre guide, on passe devant une boutique de fabricants de musique. A l’intérieur, tous les instruments du Maracatu sont là. Les propriétaires Sandra et son fils Wilson, fabriquent eux-mêmes les instruments. Ils nous parlent des différents rythmes qui existent, de la peau de chèvre utilisée pour les tambours, « bien meilleure que la peau de vache ! ». Vous m’en direz tant. Petite démonstration de Maracatu, suivie d’un petit cours. Ils nous font essayer tous les instruments un par un. Avant de partir, ils nous invitent à faire un cours de maracatu le soir, au marché Sao José, non loin de là.
A 19h, c’est promis, on y sera !
Marché des artisant locaux d'Olinda.
Notre guide Davidson est patient, il nous laisse passé le temps qu’on veut dans ce magasin, mais il faut bien repartir un jour. On continue donc la visite vers le Mercado da Ribeira, que nous avions déjà vu, avec ces artisans qui sculptent le bois, puis vers le Monastère de Sao Bento. Malheureusement, nous avons trop traîné dans le magasin, et le monastère est déjà fermé. Dommage, mais sans regret. Entre la visite d’un monastère, et un moment comme celui que nous venons de passer, il n’y a pas à hésiter !
Les plus vieilles maisons coloniales d'Olinda.
Heureusement, le Palais du gouverneur, juste en face, est toujours ouvert. Un bâtiment bleu très joli, qui abrite aujourd’hui la mairie d’Olinda. Au rez-de-chaussée, des œuvres d’un artiste locale sont exposées. Il a beaucoup peint les différentes traditions et expressions culturelles de la région, le frévo entre autre.
Simon à l'auberge de jeunesse d'Olinda.
On termine finalement la visite en retournant à la Praça do Carmo. Voilà presque une semaine qu’on y passe tous les jours, et pourtant, nous n’avions jamais vu le petit parc par lequel nous fait passer notre guide. Derrière l’église do Carmo, on traverse des petits bassins couverts de nénuphars. C’est très reposant, exceptées les espèces de chars de carnavals qui diffusent en permanence des messages de propagande pour tel ou tel candidat aux élections avec un niveau sonore au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Le tout en musique, bien évidemment.
Olinda.
Au Brésil, même la politique se fait en musique ! On en profite pour poser quelques questions à Davidson. Depuis une semaine, on remarque qu’il y a toujours un numéro accolé au nom des candidats. Il nous explique que c’est le code que chaque électeur doit entrer pour voter. Et chaque code correspond à un candidat. Une fois le code tapé, la photo du candidat s’affiche et l’électeur peut confirmer son choix. Depuis une petite dizaine d’années, le Brésil a opté pour ce système de vote électronique.
Olinda.
Du coup, chaque candidat a son code et veut absolument le faire retenir aux gens ! Voilà ce qui explique le tapage incessant des voitures publicitaires et des numéros clamés à tout bout de champ. Davidson nous chante alors des slogans qui datent de plus de huit ans, dont il se souvient encore à force de les avoir entendu ! On parle un peu des élections avec lui, de Lula, de la politique au Brésil. Il va voter pour la première fois cette année, et sans hésiter, il nous confie qu’il va voter Lula. Selon lui, c’est un homme qui se préoccupe réellement du sort du peuple brésilien, qui offre beaucoup de facilités pour l’éducation, les études. Lula a fait en sorte que le pays gagne une place importante au niveau des grandes puissances internationales. Davidson pense Lula va maintenant se concentrer davantage sur la politique intérieure… espérons-le.
A 14h00, on finit la visite.
Olinda.
Plutôt que de manger à l’auberge, on décide de se prendre un petit sandwich dans une « lanchonete ». Au bout de quelques minutes, une petite gamine entre dans le bar et nous demande de l’argent. Cette fois, on se souvient des conseils des guides et de nos amis brésiliens. On lui propose de s’asseoir avec nous et de lui payer un repas. Elle commande un jus d’orange et le même sandwich que nous. Mais rapidement, on trouve son comportement bizarre. Elle est complètement hystérique, elle rigole tout le temps, en regardant ses doigts et en faisant des gestes étranges. Quand son sandwich arrive, elle veut le découper avec son couteau et sa fourchette mais elle n’y arrive pas. Elle mange une bouchée qu’elle recrache.
Quartier populaire d'Olinda.
Est-ce que le sandwich ne lui plaît pas ? On ne le saura jamais. Son jus d’orange arrive, mais finalement elle n’en veut plus. Elle préfère une glace. Puis un gâteau. Toujours dans la même hystérie de rires et de réactions incohérentes. On lui dit non, qu’il faut qu’elle mange ce qu’elle a déjà. Elle met trois tonnes de sucre dans son jus de fruit, le goûte et trouve ça dégoûtant… tu m’étonnes ! Finalement, sa grand-mère arrive, l’air catastrophé. Elle fait peine à voir tellement elle est maigre. Elle boit le jus de fruit et embarque le sandwich dans un sac en plastique. On les voit s’éloigner, la gamine l’air toujours aussi bizarre.
Jardin municipal d'Olinda.
Difficile à dire avec certitude, mais il nous a vraiment semblé que cette gamine était shootée. On ne sait pas quel effet ça fait de sniffer de la colle, mais il paraît que beaucoup de gamins se droguent de cette façon pour oublier un peu la misère. On est déconcerté, on ne sait pas si notre attitude a été la bonne. Que faire dans ce genre de situation ? C’est de toute façon bouleversant. On espère juste qu’au moins, la grand-mère aura fait un semblant de repas avec le jus de fruit et le sandwich.
Tableau d'un peintre local.
Perplexes, on retourne à l’auberge. Le décalage est grand, entre ce que nous venons de vivre, et la piscine au bord de laquelle on s’allonge.
Thierry, Simon, Anita et derrière, Thibaut.
On passe l’après-midi à se détendre dans la piscine. On retrouve Thierry avec ses enfants Thibaut et Anita, la famille française de la veille. Partie de volley dans la piscine, voilà qui nous fait oublier notre rencontre du midi. On leur propose de venir avec nous au cours de Maracatu à 19h. Les gamins sont ravis, leur père, plus timide, nous dit qu’il va seulement assister à la répétition… mais il est ravi quand même !
On arrive donc à 19h dans le grand hall du Mercado Sao José. Quelques élèves sont en train de s’échauffer les poignets en prévision du cours. Ils nous disent que ça ne va pas tarder à commencer.
Thibaut et Anita font du Maracatù.
Une grosse demi-heure plus tard, le prof arrive et accepte sans sourciller une seconde notre présence à tous dans son cours. On enfile fièrement nos tambours… mais on ne reste pas fiers longtemps ! Ca pèse une tonne ces trucs là, la bandoulière coupe l’épaule, les cordes du tambours nous massacrent les genoux. On comprend mieux pourquoi tous les gens qui sont là, sont des carcasses d’1,90 mètres ! Mais le rythme nous fait rapidement oublier nos petites douleurs.
Ancien marché de l'artisanat transformé en salle culturelle.
Le prof a décidé de faire un cours basique spécialement pour nous. Il nous explique les différents rythmes du maracatu. Chaque jour de la semaine à un rythme différent. On les passe tous en revue. Pas facile, mais on se débrouille. Le rythme, les vibrations, tout ça nous prend aux tripes et nous remplient le corps des sons des tambours. Le volume sonore est assourdissant, on a l’impression d’être habité, submergé même par la musique. Une expérience unique. Avant la fin du cours, le prof décide de faire une petite pause. En discutant avec lui, on apprend qu’il va venir à Paris l’année prochaine, pour la fête de la musique. Le hasard, une fois de plus, fait bien les choses. Il nous dit qu’un cours de Maracatu existe à Paris. Dès qu’on rentre, c’est sûr, on y fait un saut.
Tableau d'un peintre local.
Après dix minutes de pause, on reprend pour le « final ». On enchaîne tous les rythmes appris. A côté de nous, un cours de danse nous accompagne. Les percussionnistes les plus avancés dansent en même temps qu’ils jouent. Vraiment sympa !
A la fin du cours, le prof nous invite à revenir le dimanche pour un autre cours, suivi d’une démonstration. Malheureusement, nous devons partir dimanche… quel dommage ! On a qu’une seule envie, revenir à Olinda au moment du carnaval.
Cours de Maracatù.
On demande si on doit payer quelque chose pour le cours… non, c’est gratuit. Le prof fait ça pour le plaisir. Le Maracatu est sa passion, il nous en parle fièrement. Le groupe s’appelle « Naçao Pernambuco », les cours sont le jeudi soir et dimanche après midi à Olinda… avis aux amateurs, futurs voyageurs dans le Pernambuco !
Thibaut et Anita ont adoré eux aussi, Thierry nous dit qu’on s’est très bien débrouillé et que l’ensemble dégage une énergie impressionnante. C’est sûr, ça restera un de nos grands moments au Brésil.
Le cours de Maracatù se prépare.
De retour à la pousada, on prépare tous ensemble une petite salade et une pizza pour se remettre de nos émotions, et on s’attable dans le jardin tous les cinq. On parle un peu plus avec Thierry du film Zuzu Angel et de la dictature. Il nous confie que son ex-femme, brésilienne, a elle-même été militante politique dans ces années. Elle a dû changer de nom pour échapper à la police. Aujourd’hui encore, son nom officiel n’est pas son vrai nom. Les enfants n’en savaient rien, ils sont impressionnés et émerveillés de voir que leur mère a été une résistante à la dictature : « mais alors, maman, c’est une héroïne ? Elle aurait pu mourir ????? ».
Thierry : « Vous lui demanderez quand on rentrera ».
On peut lire dans leurs yeux toute l’admiration qu’ils ont pour leur mère. Comme quoi, la répression policière durant ces années n’est pas une légende.
Olinda. Maracatù.
Nous discutons toute la soirée. Nous précisons que nous ne voyons passer aucun Brésilien à l’auberge de jeunesse. Il y a ici des gens de tous les pays (France, USA, Irlande, Pérou, Canada, Espagne, Italie…) qui passent souvent leurs après-midi et véritablement toutes leurs soirées à boire de la bière et des cachaça en faisant des compétitions sur qui à fait le plus ou le mieux de ci ou de ça dans son voyage au Brésil, sur celui qui reste le plus longtemps etc… de toute façon, on sait qu’on a gagné alors à quoi bon jouer, ahahahahaha !!!!
Cours de Maracatù. Le prof, avec sa caisse en acier, mène le rythme.
Nos amis français parlent donc un excellent portugais ce qui est très agréable dans nos contacts avec les gens d’ici. On parle de nos voyages, de nos vies. Ils repartent demain pour Joao Pessoa, dans le nord du Brésil… quel dommage ! Encore une rencontre formidable.
Thibaut nous dit avant de partir : « Quand vous aurez un enfant garçon, vous l’appellerez Thibaut hein ? Hein oui ? Hein oui ? Dit oui ! ».
Après une journée aussi riche en émotion, on a bien mérité une bonne nuit !
Intérieur du couvent Saõ Francisco.
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